Bertrand Humeau

William Wallace (Braveheart)

Mes notes sur le personnage historique

Réimpression d'avril 2021

( image du Stirling Smith Art Gallery and Museum)

Ce livre a été publié sur www.bookelis.com

ISBN : 979-10-359-1521-6 Copyright © Bertrand Humeau, 2019-2020

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

L'auteur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre.

À toutes les personnes en Écosse qui se sont rendues disponibles pour me permettre d'explorer l'époque et la vie de William Wallace. Un petit merci pour toutes ces contributions.

TABLE DES MATIERES

Illustrations / photographies dans ce livre 9

Remerciements sise iii titres 11 Abréviations en bas de page... 13 Entroduchortss nn atninns 17

Contexte jusqu’en 1285 Présentation de quelques familles écossaises

Premières tensions .…...sssnrrrsssssssses 38

Mort du roi et problèmes de succession Les délibérations de Norham et la « Grande Cause »

John Balliol (ou « Jean de Bailleul») 54

Sommations du roi d'Angleterre

29 33

38 47

55

Préparation de guerre contre la France et «Vieille

Alliance » Campagne d’Écosse de 1296 La ville de Berwick

vil

56 61 68

Suite de la campagne de 1296

Début de l'insurrection... 83

Attaque du Sheriff de Lanark Suite de l'insurrection

De Stirling à Falkirk.…................... 111 Manœuvres diplomatiques... 158 Dernières années de Wallace... 178 L'épeée-de Wallace: 190 Quelques derniers mots... 195 Annexe I : La Vieille Alliance... 198

Annexe 2 : Dates autour de William Wallace .200

Annexe 3 : Carte de l'ÉCOSSerrrrrnrnnrnrnee 202

BibHograpie.sinsne nn ot 203

viil

74

85 103

Illustrations / photographies dans ce livre

Images externes (n’appartenant pas à l’auteur) :

Sceau de la lettre de Lübeck (Archiv der Hansestadt Lübeck, 7.1-3.1 Anglicana 12a): permission obtenue le 1% novembre 2019

Sceau de la ville de Stirling : dessin de Ronald Page, en main propre lors de ma rencontre avec lui le 15 septembre 2009, avec autorisation de le reproduire

Photo des palissades en bois du château de Lanark : Ed Archer, photo et permission obtenues le 10 octobre 2019

Portrait de William Wallace exposé au Stirling Smith Art Gallery and Museum : image et permission obtenues le 15 janvier 2008

Plan des mottes dans le Lanarkshire: permission donnée par la Society of Antiquaries of Scotland le 21 octobre 2019, «plate XV » sur la page 345 du volume 24 des Proceedings of the society of Antiquaries of Scotland

Photos de l’auteur :

Berwick-upon-Tweed : permission de Sarah Eastel au nom d’English Heritage le 27 novembre 2009

Château d’Édimbourg, pont de Stirling, Cambuskenneth Abbey : permission délivrée le 22 août 2007 par Historic Scotland

Château de Caerlaverock : permission délivrée le 5 août 2009 par Historic Scotland

Château de Kildrummy : permission délivrée le 21 septembre 2012 par Historic Scotland

Photos du National Wallace Monument de Stirling : permission obtenue le 10 août 2007 du Stirling District Tourism

10

Remerciements

Frank Gunning : pour l’aide qu’il m'a apportée en 2007

Ed Archer: pour toute son aide et son amitié depuis 2007, y compris l’utilisation de sa photo du château de Lanark

Bibliothèque municipale de Lanark qui m'a ouvert ses portes en septembre 2007

Historic Scotland pour leur aide et les permissions de photographie

Stirling District Tourism/National Wallace Monument : autorisation de photos en 2007

Dr Ronald Page : pour son aide depuis 2008, la rencontre qu'il m'a accordée en septembre 2009 et l'autorisation de reproduire son illustration du sceau de Stirling

Campbell Chesterham : pour m'avoir rencontré avec Dr Ronald Page en septembre 2009

Dr Elspeth King et le Stirling Smith Art Gallery And Museum : pour leur aide et l'autorisation de reproduire l’image du portrait de Wallace exposé dans le musée

Dr Fiona Watson : pour son aide depuis 2009 et pour l'entretien qu’elle m’a accordé en septembre 2009

John G. Harrison : pour toute son aide depuis 2009 et les rencontres qu’il m'a accordées

John L. Williams (et son épouse) : pour son hospitalité et sa présentation de Caerlaverock

Jim Herbert : pour les informations qu'il a partagées avec moi et sa visite guidée des fortifications de Berwick- upon-Tweed en septembre 2009

11

English Heritage/Sarah Eastel : pour la permission de photos autour de Berwick

Duncan Fenton : ancien président de la Society of William Wallace, pour son aide et accueil lors des commémorations de la bataille de Stirling en 2009

Mitchell Library de Glasgow : pour m'avoir permis de voir le moulage du sceau de la lettre de Lübeck

Bibliothèque de l’université de Glasgow : j'ai pu trouver et photocopier des sources que je cherchais

Pauline Smeed : membre de la société historique de Dunbar, pour son accueil et sa présentation de Dunbar et ses environs

Charles McKean : pour le temps qu'il m'a accordé et son aide quand je tentais d'explorer le sujet des villes en Écosse au Moyen-Age

Les archives de Lübeck pour l'autorisation d'utiliser leur photo du sceau de 1297

La Society of Antiquaries of Scotland pour la permission de reproduire le plan des mottes,

Thierry Besnier : ancien collègue et toujours ami sans qui je n'aurais pas pu visiter le château de Kildrummy

Et Magali Coudray, une lectrice qui m'a soumis une liste de corrections (fautes d'orthographe et erreurs de saisie) pour améliorer la qualité du texte.

12

Abréviations en bas de page

Des abréviations sont utilisées dans les notes en bas de bas de page. Voici à quelles références elles correspondent :

Anglo-Scottish Relations: Anglo-Scottish Relations 1174-1328, E.L.G. Stones, 1965

The Balliol Dynasty: BEAM, Amanda, The Balliol Dynasty: 1210-1364, John Donald, édition de 2008, 391 p.

Barron : BARRON, Evan Macleod, The Scottish War of Independence, édition publiée par Barnes & Noble en 1997, 499 p.

Barrows Robert Bruce : BARROW, G.WS., Robert Bruce and the Community of the Realm of Scotland, Edinburgh University Press, 4ème édition de 2005, 531 p.

Blind Harry, Gilbertfield : Blind Harry's Wallace, Traduction de William Hamilton de Gilbertfield, Luath Press, 1998

Blind Harry, STS : Hary's Wallace, Scottish Text Society, Volumes I et Il, 1968, réimprimé en 2004

BoB Sept. 2011 : BROUN, Prof. Dauvit, September 2011: New Information on Wallace and the Guardians, article en ligne (http://www.breakingofbritain.ac.uk/blogs/feature-of-the- month/september-2011-the-guardians-in-1286-and- wallaces-uprising-in-1297/index.html), University of Glasgow

Bower : BOWER, Walter, Scotichronicon Vol.6, University of Aberdeen, 1991

Colonial Scotland : PRESTWICH, Michael, article « Colonial Scotland : The English in Scotland under Edward

13

I » dans Scotland and England 1286-1815, John Donald

CDS vol.2 : BAIN, Joseph, Calendar of Documents Relating to Scotland, Volume 2: A.D. 1272-1307, Édimbourg, 1887, 714 p

CDS vol.4 : BAIN, Joseph, Calendar of Documents Relating to Scotland, Volume 4: A.D. 1357-1509, Édimbourg, 1888, 678 p.

CDS vol.5 : BAIN, Joseph, Calendar of Documents Relating to Scotland, Volume 5: A.D. 1108-1516, Scottish Record Office.

Docs IIL Vol.1 : STEVENSON, Joseph, Documents Ilustrative of the History of Scotland: From the Death of Alexander the Third to the Accession of Robert Bruce, AD 1286- 1306, Volume I, Édimbourg, 1870, 432 p.

Docs IIL Vol.2 : STEVENSON, Joseph, Documents IIlustrative of the History of Scotland: From the Death of Alexander the Third to the Accession of Robert Bruce, AD 1286- 1306, Volume II, Édimbourg, 1870, 532 p.

Dr Charles Rogers: ROGERS, Charles, The book of Wallace, Volumes I et II, Édimbourg, 1889

Edward I : PRESTWICH, Michael, Edward I, Yale University Press, édition de 1997, 618 p.

Fisher : FISHER, Andrew, William Wallace, Birlinn, édition de 2003, 305 p.

Jim Herbert : HERBERT, Jim, The Mediaeval Defences of Berwick-upon-Tweed, Border Archaeological society, 2005, 100 p.

Journaux de Philippe le Bel : Les Journaux du Trésor de Philippe IV Le Bel, Paris, 1940

Fergusson : FERGUSSON, James, William Wallace:

14

Guardian of Scotland, Londres, Alexander Maclehose & Co, 1938, 232 p.

Fordun : FORDUN, John, John of Fordun's Chronicle of the Scottish nation, The Historians of Scotland Vol. IV, Édimbourg, Edmonston and Douglas, 1872, 460 p.

Kildrummy Castle, Historic Scotland: Kildrummy Castle, guide Historic Scotland, version de 1986, 32 p.

Kingdom of the Scots : BARROW, G.W.S., The Kingdom of the Scots, édition de 2003, Edinburgh University Press; 366 Pp.

Lanercost : The Chronicle of Lanercost: 1272-1346, Glasgow, James Maclehose and sons, 1913, 357 p.

Mackay : MACKAY, James, William Wallace: Braveheart, Mainstream publishing, édition de 1996

Michael Brown : BROWN, Michael, The Wars of Scotland : 1214-1371, Edinburgh University Press, 2004, 380 p.

Nicholson : NICHOLSON, Ronald, Scotland: The Later Middle Ages, The Edinburgh History of Scotland Volume Two, 1974, 695 p.

Northumberland : CRASTER, À History of Northumberland Volume 10: the parish of Corbridge, 1914

Osprey 1297-1298 : ARMSTRONG, Pete, Stirling Bridge & Falkirk 1297-98 : William Wallace's rebellion, Osprey publishing, 2003

Parl. Writ. : PALGRAVE, Sir Francis, The Parliamentary Writs and Military Summons Vol.1, 1827, 982 p.

Scalacronica : GRAY, Sir Thomas, Scalacronica: the reigns of Edward I, Edward Il and Edward III, Glasgow, James Maclehose and sons, 1907, 195 p.

15

Scottish Arms and Armour : CANNAN, Fergus, Scottish Arms and Armour, Shire Publications, 2009, 1120 p.

Stapleton : PALGRAVE, Sir Francis, The Antient Kalendars and Inventories of the treasury of his majesty's exchequer Vol.1, Stapleton, 1836, 350 p.

Sword in Hand : OAKESHOTT, Ewart, Sword in Hand, 2000, 146 p.

The Wallace Book : COWAN, Edward J., The Wallace Book, John Donald, 2007, 240 p.

The Kingship of the Scots : DUNCAN, The Kingship of the Scots : succession and independence, Edinburgh University Press, 2002

The Scottish Civil War: PENMAN, Michael, The Scottish Civil War: The Bruces & The Balliols & The War for Control of Scotland, Tempus, 2002, 160 p.

Tony Willis : WILLIS, Tony, article « The Fourteenth- Century Scottish Sword » dans The Journal of the Arms and Armour Society, Vol. XV, No. 1, March 1995

Under The Hammer : WATSON, Fiona, Under The Hammer: Edward I and Scotland 1286-1307, Ed. John Donald, édition de 2005

Watson Ayrshire Report : WATSON, Fiona, A Report into the Association of Sir William Wallace with Ayrshire, For East Ayrshire Council, March 1999, 31 p.

16

Introduction

Les années 1990 sont marquées par l’arrivée à l'écran du film Braveheart. Cette œuvre cinématographique met en avant l'Écosse médiévale. Mel Gibson incarne le personnage de William Wallace. Il est fils de paysans, voit son père partir combattre pour le voir revenir mort et doit préparer son enterrement. Son oncle vient le chercher pour l'élever. Un soir, William rêve de son père qui prononce les mots «Suis ton cœur, ton cœur est libre.» Après quelques années, il tombe amoureux de Muron et se marie en secret avec elle. L'Écosse est alors occupée par l’armée d’Édouard ler. Un soldat anglais tente d’abuser de la femme dont il est amoureux. Wallace vient à son secours et frappe ce soldat anglais. N'ayant pas pu attraper le héros joué par Mel Gibson qui a pris la fuite, le shérif de Lanark donne la peine de mort à Muron en lui tranchant la gorge. William Wallace vient la venger et tue à son tour le justicier anglais. Il devient hors la loi pour l'occupant, tout en apparaissant comme le meneur de l'insurrection contre l’envahisseur pour les Écossais. La première bataille contre l’armée anglaise est remportée à Stirling puis il essuie une défaite un an plus tard à Falkirk. Le personnage principal se fait alors plus discret, jusqu'à sa capture et son exécution à Londres. Avant de mourir sur l’échafaud, il crie « Freedom » Liberté»). Ce mot marque les esprits des spectateurs qui retiendront que William Wallace s’est battu pour la liberté de l'Écosse, sans oublier l’amour qu'il a eu pour Muron avant de lancer la révolte. Sa vie sentimentale apparaît alors comme la raison principale de sa rébellion.

17

La production Hollywoodienne montre aussi une épée impressionnante, en raison de sa longueur, comme arme principale de William Wallace.

Ce film ne me laisse pas insensible. L'histoire me plait beaucoup. Je le visionnerai énormément de fois, en plus de récupérer le script du film, d'acheter le film et de fouiller sur Internet pour récupérer des extraits audio en version originale ou des images.

En 1999, je tombe par hasard sur une page Internet qui montre une photo du National Wallace Monument à Stirling.

de l’auteur prise en 2007.

18

Cette découverte réveille ma curiosité. L'année suivante, mes parents m'offrent un séjour linguistique en Écosse (j'étais encore étudiant). Une journée d’excursion à Stirling a lieu le samedi 12 août 2000. Je consignerai dans mon journal de vacances (chaque participant devait rédiger un diary). :

«Aujourd’hui aura certainement été ma journée préférée en Écosse. Pourquoi ? Une des raisons pour lesquelles j’ai choisi l'Écosse est que je souhaitais en apprendre davantage sur son héros national. Oui, je suis un fan du film Braveheart (...) »

Le National Wallace Monument n'était pas inclus dans le programme. Je me souviens avoir quitté le bus pour échapper au groupe aussi discrètement que possible afin de demander comment me rendre au monument qui m'intéressait et qui se situait à l’autre bout de la ville. Cette aventure me laisse d’excellents souvenirs et m'incite à y retourner dans des conditions similaires puisque cette visite n’a jamais été incluse dans les programmes organisés.

Quelques années plus tard, en 2007, une idée ‘folle’ me traverse l'esprit : « puisque le sujet m'intéresse tant que ça, et si j'essayais d'écrire quelque chose?» À ce moment-là, je suis toujours étudiant, l'Histoire n’est pas mon domaine, je ne me rends pas compte des difficultés que je vais affronter, et surtout personne ne me connaît. Après tout, qu'est-ce que je risquais à envoyer des lettres et à parler de mon projet en contactant des historiens et organismes de monuments historiques dans ce pays au nord du Royaume-Uni ?

19

Je finis par me lancer. Il fallait bien essayer. À ma grande surprise, je reçois des retours positifs. Historic Scotland (maintenant Historic Environment Scotland) m'autorise à photographier les monuments que je souhaite pour une publication future. Le Stirling District Tourism, en charge du National Wallace Monument, fait de même. Frank Gunning, alors président d’un organisme dédié à Wallace sur Lanark, me propose de prendre une journée pour me conduire je le souhaite puis me présenter sa ville. Ed Archer, historien de Lanark, m'écrit pour me rencontrer. J'apprendrai plus tard que c’est Frank qui m'a mis en relation avec Ed.

Suite à ces premières rencontres, je continuerai de me documenter sur le sujet au milieu de mes études en fonction de mes disponibilités. Plusieurs prises de contact seront initiées. En janvier 2008, le Stirling Smith m'autorise à reproduire la photo d’un portrait de Wallace.

L'archéologue Ronald Page qui a conduit les fouilles concernant le pont de Stirling m’écrit le 17 novembre 2008 :

«Je suis très intéressé par ton projet et je serais heureux de t’aider de toute manière que je peux. Tiens-moi au courant si tu penses à quelque chose ou à une personne avec qui tu souhaiterais entrer en contact. (...)

L’experte de cette période des guerres d’Indépendance d'Écosse est Fiona Watson. Elle est très abordable, et je suis sûr qu’elle pourrait aider. »

Au cours de mon déplacement en septembre 2009, j'aurai le plaisir de rencontrer Ron Page sur le pont de Stirling avec Campbell Chesterham (son compagnon de

20

fouilles archéologiques), Fiona Watson, John Harrison (spécialiste du paysage de Stirling), mais aussi Jim Herbert, qui connaît bien les défenses de Berwick-upon-Tweed, et John L. Williams pour Caerlaverock. Elspeth King m'a également reçu au Stirling Smith.

Il y a eu un engouement certain pour moninitiative.

Ce projet connaît un temps d'arrêt. Effectivement, je suis parti vivre en Écosse en janvier 2011 pour revenir en France, peut-être temporairement, en mai 2019. J'ai donc eu le plaisir de vivre et travailler dans ce pays, mais aussi d'acquérir la nationalité britannique à Glasgow en août 2017. En septembre 2018, je débute un emploi sur Stirling. Cette expérience fait que je retrouve la vue sur le monument Wallace tous les jours et, irrémédiablement, cela finit par me rappeler ce qui m'a fait venir visiter ce pays en 2000. Le dernier jour de mon emploi sur Stirling, le vendredi 5 avril 2019, John Harrison m'explique que « si je ne produis rien maintenant (après plus dix ans déjà), peut-être que je ne ferais rien plus tard.» Il est évident que cette conversation me fait réfléchir. Le retour en France, loin de la ville de Glasgow qui me faisait sortir pour en profiter tant je l’aimais, se présente comme une occasion pour enfin rédiger quelque chose.

Plus de 150 ans après la mort de William Wallace, Henri le Ménestrel (aussi connu sous le nom Harry l’aveugle ou Blind Harry) rédige la première biographie. Il s’agit en fait d’un poème. Son travail a été fait lors d’une période avec un possible rapprochement avec l'Angleterre. Ce récit

21

constitue d’abord une œuvre de propagande. Bien que le texte connaisse un énorme succès et devienne l’un des premiers livres imprimés en Écosse (après la Bible) autour de 1508!, sa fiabilité historique est contestée. La renommée de cet écrit fait qu'il reste incontournable. Surtout, elle signifie aussi qu'il devient plus difficile de s’en éloigner quand on veut raconter la vie du héros national. Les biographies du XIXe siècle reprennent beaucoup le poème, et se contentent parfois uniquement de retranscrire en langue moderne les vers de Blind Harry.

Ce mouvement fait qu'aujourd'hui encore, pour beaucoup, le texte d'Henri le Ménestrel constitue une source incontournable. À mon avis certains passionnés refusent de s'en détacher lorsqu'il s’agit de raconter la véritable vie de William Wallace. Nous trouvons donc, d’un côté les biographies qui considèrent que le poème puisse être une source fiable, et d’un autre côté les autres historiens qui s'attachent moins à cette version avec une approche plus critique. Peu importe la version que l’on préfère, William Wallace suscite autant d'intérêt et de passion.

Randall Wallace se base sur ce poème pour écrire le script qui deviendra Braveheart sur les écrans de cinéma. Il prend néanmoins quelques libertés? Dans le film, l'invasion du nord de l'Angleterre va jusqu’à York au lieu de Saint Alban, et l'épouse d’Édouard Ier devient sa belle-fille (jouée par Sophie Marceau).

1 Blind Harry, Gilbertfield, page xi. 2 Blind Harry, Gilbertfield, page xxïi

22

Un exemple qui différencie Blind Harry du personnage historique est l’ensemble d'histoires héroïques autour de William Wallace qui se déroulent avant Lanark (1297) parce que nous ne connaissons pas sa vie avant cette période. Par exemple, un combat à Loudoun Hill lui permet de venger la mort de son père. Cet évènement lui aurait été attribué par erreur* et il s'agirait plutôt d’un affrontement de Robert Le Bruce (et non notre héros) en 1307, c’est-à-dire après sa mort. Cette bataille apparaît d’ailleurs dans le film « Outlaw King » (de Netflix).

On peut aussi citer la campagne fictive contre Macfadyen.t

La démarche de ma recherche consiste à restituer ce que l’on sait de la réalité historique du héros incarné par Mel Gibson. Aïnsi, je ne me baserai pas, ou peu, sur les exploits de Blind Harry. Ce n’est pas le super héros ou la légende qui m'intéressent, mais bien l’homme qui a réellement existé.

Avec ces notes, je tente de reconstituer la réalité historique le plus fidèlement possible. Ce travail n'aurait jamais été possible sans les aides précieuses de tous les experts écossais qui m'ont donné de leur temps, que ce soit pour me rencontrer, correspondre avec moi, me renseigner ou encore me donner des permissions pour publier quelques photos.

3 The Wallace Book, Fiona Watson, page 27, note 3 4 Blind Harry, STS, page xv

23

Nous savons peu de choses sur le vrai William Wallace.

Illustration 2 Loudoun Hill et son monument dédié à William Wallace. Sur les inscriptions, on peut lire «Ils ont vu le bras de Wallace se lever contre la tyrannie de l’envahisseur. » Photo de l’auteur prise en 2007.

Les quelques informations qui ont survécu sont minces. Des documents se sont perdus lors de leur rapatriement de Londres pour revenir en Écosse, ce qui explique que l’on n'en sache pas beaucoup sur cette période concernant le point de vue écossais. Une mise en contexte permet néanmoins de situer l’homme dans son époque.

24

Les informations présentées dans ce texte se basent sur des lectures, mais aussi des rencontres et des échanges avec des spécialistes. J'ai fait de mon mieux pour rester aussi juste que possible.

Plusieurs entretiens de 2009 remontent déjà à plus dix ans. Pour rester le plus fidèle possible, je me suis basé sur mes notes écrites de l’époque, mais aussi sur mes enregistrements vidéo, car un caméscope m'accompagnait pour enregistrer quelques échanges. C’est par exemple le cas pour mes entrevues avec Ronald Page et Campbell Chesterham sur le pont de Stirling, ou encore Jim Herbert à Berwick.

Les noms peuvent porter à confusion, car Robert Bruce a son père et son grand-père qui portent le même prénom. Pour les différencier, «(gp)» ou «le compétiteur» feront référence au grand-père, «(p)» pour le père, et «(futur roi)» ou «le comte de Carrick » désignera le vainqueur de la bataille de Bannockburn en 1314. Andrew Murray père et fils sont dans la même situation, comme d’autres familles. Les mêmes parenthèses seront utilisées pour les différencier. Quand je ne fournirai pas de précision (p) ou (gp), cela signifiera que je parle du Robert Bruce qui deviendra roi, ou de l’Andrew Murray qui combat avec William Wallace. Il fallait trouver un code pour les reconnaitre.

N'étant pas écrivain de formation, je vous prie de bien

25

vouloir m’excuser si vous pensez que certains passages auraient pu être mieux rédigés.

J'ai tenu à publier ce texte afin de rendre un livre en français disponible pour présenter la personne de William Wallace, d’un point de vue de la science historique, sans oublier de décrire le contexte de l’époque. Un autre aspect qui m'a manqué dans mes lectures est aussi l'accent sur les interventions de la France dans le cadre de la «Vieille Alliance ». Aïnsi, en plus de la vie de William Wallace, vous trouverez les références aux interventions des Français pendant la période qui correspond à la vie du héros écossais.

Avec mes notes, je vous emmène donc découvrir l'époque et la vie de William Wallace.

26

"Av i TH | h " 4 Illustration 3 Entrée du château d’Édimbourg. A gauche Robert Bruce et à droite William Wallace. Photo de l’auteur prise en 2007

27

|

|

b. ;

Er

I 1

PF:

|

Illustration 4 Statue de William Wallace à l'entrée du château d'Édimbourg. C’est en voyant cette statue que Randall Wallace aurait été inspiré pour écrire le script qui deviendra le film Braveheart. Photo de l’auteur prise en 2007.

28

Historique des relations entre l’Angleterre et l’Ecosse

William Wallace a vécu à la fin du XIIème siècle et s'est fait exécuter en 1305. Le conflit qui nous intéresse implique l'Angleterre et l'Écosse. Afin de placer les évènements dans un contexte historique, il me semble nécessaire de présenter un minimum les rapports entre ces deux voisins, ainsi que quelques-unes des différentes familles qui s’engageront dans les guerres d'indépendance d'Écosse. Je ne mentionnerai que les évènements les plus marquants qui précèdent les années sur lesquelles porte ce livre.

Contexte jusqu’en 1285

Le roi David Ier accède au trône d'Écosse en 11245 Il est d’ailleurs le beau-frère d'Henri If, alors roi d'Angleterre. Une guerre civile cause une migration vers le nord au début des années 11207 Certaines des familles qui s'installent en terre d'Écosse deviendront des acteurs majeurs des guerres d'indépendance. Par exemple, les Bruce connaissaient David Ier depuis au moins vingt ans quand ils obtiennent les terres de la région d’Annandale autour de 1124.$

5 The Kingship of the Scots, p.65

6 The Scottish Civil War, p.16

7 The Kingship of the Scots, p.66

8 The Kingship of the Scots, p.66 et p.78

29

En 1174, le roi d'Écosse William The Lion accepte de se joindre à une rébellion pour récupérer le territoire de la Northumbria.” Il se fait capturer à la bataille d’Alnwick avant d’être emprisonné dans la tour de Londres. De cette défaite découle le traité de Falaise. William The Lion se retrouve obligé de rendre hommage à HenriIl et ses héritiers pour «l'Écosse et toutes ses autres terres», ce qui signifie que le roi d'Angleterre devient suzerain du royaume d'Écosse. Cet affrontement à Alnwick n'appartenait pas à une guerre ouverte sur le long terme et c'était uniquement une opportunité «isolée » pour tenter de prendre possession d’un territoire au nord de l’Angleterre.

Quand Richard Ier succède à Henri IL, il fait face à des problèmes de trésorerie. William The Lion en profite pour retirer sa soumission au nom de l'Écosse en la rachetanti? contre une somme d'argent.

L'usage pour tout roi ou noble qui possède des terres dans l’autre royaume consiste à prêter allégeance au nouveau monarque de ce royaume voisin. Alexandre II, nouveau roi d'Écosse, rend hommage au roi d'Angleterre pour le territoire de la Northumbria (nord du royaume de l'Angleterre) en 1217, cette fois obtenu avec succès en combattant aux côtés des barons anglais 5 ans auparavant. L'année suivante (1218), il épouse Joan, la sœur du roi Henri IL! AlexandreIl renonce aux terres de

9 The Kingship of the Scots, p.99 10 The Kingship of the Scots, p.105 11 The Kingship of the Scots, p.118

30

Northumbria!? dans le Traité de York de 1237, ce qui permet de garantir une stabilité entre les deux monarchies voisines. Fiona Watson explique que les monarques anglais se sont sentis peu intéressés par l'Écosse tant qu'il n’y avait pas de conflit à la frontière nord de leur royaume.

Alexandre III accède au trône d'Écosse en 1249 et se marie en 1251 avec la fille d'Henri IN, Margaret d'Angleterre, également la sœur du futur roi Edouard Ier.t{

La cérémonie du couronnement d’'Edouard Plantagenêt a lieu en 1274 lors de son retour des Croisades.!

Margaret meurt en 1275 après avoir donné trois enfants à Alexandre IIL.16

Le roi d’Ecosse vient rendre hommage au nouveau monarque en 1278 pour ses terres en Angleterre :

«Je deviens votre homme pour les terres que je possède dans le royaume de l’Angleterre, pour lesquelles je vous rends hommage, en conservant les droits de mon royaume. »'?

Il est clair que le serment d’allégeance n’inclut pas l'Écosse et concerne d’autres territoires. Les relations entre ces deux voisins des îles

12 The Kingship of the Scots, p.120-121

13 Under the Hammer, p.7

14 Barrows Robert Bruce, p.19-20 ; Edward I p.356 15 Edward I, p.89

16 Barrows Robert Bruce p.19

17 Anglo-Scottish Relations, p.40

31

britanniques apparaissent toujours comme amicales.i8 Une lettre de 1281 montre Alexandre (le fils du roi) prendre des nouvelles de la santé d'Edouard Plantagenêt :

« Alexandre, premier fils d'Alexandre roi d'Écosse, «consanguin » avec son oncle le roi [d’Angleterre], se voit ravi d’avoir de ses nouvelles sur sa santé, l’implore de communiquer plus régulièrement, et l’assure de sa bonne santé. »!°

À la mort du jeune Alexandre (le fils du roi écossais); Édouard ler transmet un message de condoléances en envoyant un moine. Le roi d'Écosse répond par une lettre datée du 20 avril 1284 en lui rappelant que «la fille de sa nièce est l’héritière manifeste de l'Écosse ».2

Les deux fils d'Alexandre III, David et Alexandre, meurent respectivement en 1281 et 1284. Il ne reste plus que sa fille Margaret comme héritière. En août 1281, elle est emmenée en Norvège pour épouser le roi Eric. Elle donne naissance à une fille du même prénom (Margaret) puis décède en 128321 La seule descendance du roi d'Écosse devient donc sa petite-fille.

En 1284, les nobles écossais les plus puissants acceptent de reconnaitre Margaret comme la future souveraine du royaume? Les signataires incluent les Comte de Buchan

18 Edward I, p.357

19 CDS vol.2, doc. 204

20 The Kingship of the Scots, p.171 21 Edward I, p.358

22 Under the Hammer, p.9

32

(Alexandre Comyn), de Carrick (Robert Bruce [le grand- père]), de l’Annandale (Robert Bruce [le père]), James the Stewart, John Balliol (qui fait alors sa première apparition en politique écossaise) et John Comyn.*

Alexandre III se remarie le 14 octobre 1285 avec la fille du Comte de Dreux, Yolande, une Française?

Jusqu'en 1285, on peut donc noter une proximité entre les familles royales de l'Écosse et de l’Angleterre. Les désaccords tournaient principalement autour du territoire de Northumbria.

Présentation de quelques familles écossaises

Avant d'aller plus loin, voici quelques lignes sur les différents acteurs de la guerre d'indépendance d'Écosse. Je trouvais dommage de ne pas inclure d'informations sur les origines des divers participants au conflit qui va suivre.

Comme nous venons de le voir, Alexandre III est le beau-frère d'Édouard ler grâce au mariage de 1251 avec sa sœur Margaret. Auparavant, ces royaumes voisins avaient conservé des liens de parenté grâce à différentes fiançailles, par exemple entre Alexandre Il et Joan, la sœur du roi Henri III.

23 The Balliol Dynasty, p.90 24 Barrows Robert Bruce, p.19 ; Nicholson p.28; The Kingship of the Scots p.171

33

La famille Baïlliol (ou «Bailleul ») est originaire de Picardie, en France. Les Balliol possèdent des terres en Galloway. John Balliol (ou «Jean de Bailleul») épouse Isabella de Warenne autour du 9 février 1281.% Il devient donc le gendre du Compte de Surrey qu'il combattra en 1296. Isabella de Warenne est aussi la cousine d’Édouard ler.

Sa sœur Eleanore (ou « Éléonore ») se marie avec John Comyn. Les Bailleul possèdent donc également un lien de parenté avec la puissante famille écossaise des Comyn.7

La proximité entre la famille royale anglaise et les Bailleul fait que le fils de Jean de Bailleul prend le prénom du monarque anglais et s'appelle donc Edward Balliol. Edouard ler devient d’ailleurs son parrain.?8

La famille Bruce (ou «Brus») vient de Bruis, maintenant Brix, en Normandie. Le roi David Ier leur octroie les terres d’Annandale autour de 1124. Elles se trouvent à la frontière de l'Angleterre et de la Galloway. Ils prennent possession de la région de Carrick après 1272. Parmi les premiers Bruce qui se sont installés en Écosse, l’un d’entre eux a même combattu le roi David Ier en 1138 afin de repousser une invasion écossaise au nord de l’Angleterre.?

Le grand-père de Robert Bruce a participé aux

25 The Balliol Dynasty, p.88 ; Under the Hammer p.26

26 The Balliol Dynasty, p.86

27 Under The Hammer, p.43 ; Barrows Robert Bruce p.66 ; The Balliol Dynasty p-90

28 The Balliol Dynasty, p.87

29 Barrows Robert Bruce, p.28 ; The Balliol Dynasty p.28

34

Croisades des années 1270 avec Édouard Ier. Le futur roi Robert Bruce naît le 11 juillet 1274.50

William Cumin (Comyn) fait partie de la chancellerie d'Henri I [Angleterre] autour de 1121, puis devient chancelier de l'Écosse environ en 1136.51 En restant proche du roi, la famille devient très puissante au XIITème siècle. Par exemple, Walter Comyn est comte de Menteith (1234- 1258), et Alexander Comyn comte de Buchan (1234-1258).

Pour le Traité de York en 1237, c'est d’ailleurs Walter Comyn qui prête serment au nom de l'Écosse afin de renoncer aux terres de Northumbria® Notons cette proximité avec la couronne.

Walter I Stewart entre au service du roi David Ier en 1136 et apparaît comme témoin de la charte de l’abbaye de Melrose. Il reçoit les terres de l’île de Bute, la région à l’ouest de Glasgow qui inclut Paisley et Renfrew, une partie de Kyle (est de l’Ayrshire) et Innerwick (autour de Dunbar) à l’est d’Édimbourg. Des familles originaires du Pays de Galles viennent s'installer sur ses terres et portent le nom de Wallace, Waleys, Galoys, Gallois ou autre variante en référence à leur provenance.5{

La date de naissance de William Wallace n’est pas

30 Barrows Robert Bruce, p.35

31 The Comyns, p.15

32 The Comyns, p.28

33 The Comyns, p.37

34 Kingdom of the Scots (de Barrow), p.312-313

35

connue. Blind Harry propose Ellerslie comme lieu de sa naissance. De découle un débat pour savoir si ce nom fait référence à un domaine du Ayrshire ou plutôt au Renfrewshire. Les adeptes du poète finissent par accepter qu'il s'agisse de la ville Elderslie, l’on peut trouver aujourd’hui un monument en sa mémoire.

Comme évoqué quelques lignes plus haut, le nom Wallace, Wallensis, Waleys.. signifie qu'il a des origines Galloises. Henri Le Ménestrel affirme que le père de William Wallace s'appelle Malcolm Wallace. Une lettre authentique rédigée en 1297 par le héros écossais, retrouvée en Allemagne au début du XIXème siècle, porte un sceau avec l'inscription «William, fils d'Alan Wallace». Nous savons donc qu'il est le fils d’Alan Wallace, peut-être le tenancier du roi dans la région de l’Ayrshire, et non de Malcolm. Le document du Ragman Roll en 12% contient plusieurs signataires pour la région de l’Ayrshire, dont un Alan Wallace et un certain Robert Boyde. Malheureusement, nous ne savons pas si cet Alan est bien le père de William Wallace. Il peut s’agir d’un homonyme.

« Aleyn Waleys, Robert Boyt (...), tenanciers du Roi du comté d’Ayr. »°

Fiona Watson fait remarquer que l’Alan Wallace qui signe le Ragman Roll en 1296 tient ses terres directement de la couronne, et non de la famille Stewart. Elle indique également qu'il ne semble avoir aucun lien avec les autres Wallace vassaux des Stewart dans le Renfrewshire et

35 CDS vol.2, p.202

36

l’Ayrshire.%

Cette historienne note aussi que les Wallace acquièrent la propriété à Elderslie en 1390 et qu'il n’y a pas de trace d'eux [dans cette localité] avant.” Il y a donc peu de chances pour que William Wallace y soit à la fin du XIIème siècle.

Nous connaissons deux frères. Malcolm, plus âgé, suit Robert Bruce (le futur roi). Il intervient notamment en 1299, lors d’une discussion pour confisquer les terres de son frère William Wallace qui partait en mission diplomatique à l'étranger.

John, vraisemblablement le plus jeune des trois frères, apparaît dans un document de 1304 lorsqu'il escorte des Anglais avec l’aide d’un certain Robert Boyde. Il connaîtra le même sort que William et sera lui aussi exécuté à Londres. Les documents d'époque ne disent pas qui était cet Alan, père de William Wallace. Néanmoins, si c’est bien le signataire du Ragman Roll, la présence de Robert Boyde comme autre nom dans le même document, pour la même région et plus tard en compagnie de John Wallace, nous fournit peut-être un autre élément en faveur de l’Ayrshire comme origine du héros écossais. John Wallace et Robert Boyde, deux amis qui se connaissaient déjà bien avant 1304 s'ils étaient voisins.

36 Watson Ayrshire Report, p.4 37 Watson Ayrshire Report p.6 et p.28 38 Watson Ayrshire Report, p.5 ; CDS vol.2, p.443; Lanercost p.182

37

Premières tensions

Mort du roi et problèmes de succession

Alexandre III réside au manoir de Kinghorn, de l’autre côté de l'estuaire du Forth, quand il décide de se rendre à Édimbourg. Un banquet et un conseil ont lieu au château avec plusieurs seigneurs, en compagnie du monarque, l'après-midi du 18 mars 1286. Quand ces cérémonies se terminent, le temps est orageux dehors. Le roi tient à rejoindre son épouse à Kinghorn. L'homme du ferry (Queensferry) lui demande de rebrousser chemin car la route reste trop dangereuse mais Alexandre III ne veut rien entendre. Il débarque sur l’autre rive à Inverkeithing. Deux hommes l’attendent pour l’escorter. Le lendemain matin, son corps sans vie est au bord de l’eau, au milieu des rochers au pied d’une falaise, le cou brisé. Personne ne sait comment cela est arrivé. Le 19 mars 1296 marque la mort du roi d'Écosse à l’âge de 44 ans.% Son enterrement a lieu le 29 mars à Dunfermline“. Fordun note dans sa chronique :

«La même année, le 19 mars, Alexandre qui laisse de bons souvenirs derrière lui, cet illustre roi d'Écosse, meurt à Kinghorn et est enterré à Dunfermline. »“!

Le pouvoir se transmet de père en fils. Or, il n’a que

39 Barrows Robert Bruce, p.3-4; Mackay, p.33-34 ; The Balliol dynasty, p.90 40 The Kingship of the Scots, p.175 41 Fordun, p.304

38

Margaret, sa petite-fille, comme descendance. Ses deux fils avaient trouvé la mort en 1281 et 1284. Elle se trouve bien trop jeune pour régner (trois ans plus tard, en 1289, elle n’a que 6 ans*). Notons que Margaret, surnommée « Maid of Norway » (jeune-fille ou demoiselle de Norvège), se trouve toujours en Norvège au moment de la mort de son grand- père.

Le mois de mars est également marqué par la possibilité que la reine Yolande attende un enfant. C’est en tout cas le bruit qui circule. Si elle donnait naissance à un garçon, alors il pourrait devenir l'héritier. #

Une assemblée se tient à Scone en avril 1286. Les sources proposent deux dates différentes. Gesta Annalia donne le 2 avril“, tout comme Fordun dans sa chronique“. Bower (Scotichronicon vol.6), Wyntoun et la chronique de Schayen“ mentionent le 28 avril. Tous ces écrivains parlent bien du même évènement.

Traditionnellement, six «Guardians» (Gouverneurs) assurent la régence (ou l'intérim) du royaume d'Écosse en l'absence de monarque : deux comtes, deux évêques et deux barons. L'égalité veut qu'il y en ait trois pour le nord (les Highlands) et trois pour le sud (les Lowlands). La limite entre ces deux parties du territoire est marquée par la

42 Barrows Robert Bruce, p.36

43 The Kingship of the Scots, p.178; Barrows Robert Bruce, p.20,22,26 44 The Kingship of the Scots, p.175; BoB Sept. 2011

45 Fordun, p.305

46 BoB Sept. 2011

39

rivière Forth qui entre par l'estuaire d’Édimbourg et passe notamment par Stirling.

Les six « Guardians » sont

«William Fraser, évêque de Saint Andrews Duncan, comte de Fife John Comyn, comte de Buchan, désignés pour le nord de la rivière forth ; et Robert [Wishart], évêque de Glasgow le seigneur John Comyn et James, steward de l'Écosse, nommés pour le sud des eaux de la Forth. »*?

Les recherches et découvertes récentes ont montré que la date du 28 avril pouvait être retenue, mais surtout aussi l'ajout d’un septième membre, l’évêque de Dunkeld. Une question se pose car ce dernier n'apparaît pas dans la liste des «Guardians» dans un document du 25 septembre. L’explication retenue par le Professeur Dauvit Broun est que ce dernier membre serait décédé entre avril et septembre 1286. Sa dernière apparition enregistrée date du 18 mai 1285.

Les «Guardians» constituent la «communauté du royaume » (community of the realm“).

Michael Prestwich indique qu'Édouard ler ne se serait pas senti concerné par les affaires en Écosse à ce moment- là.5° Fiona Watson semble d'accord avec cette idée et note qu'aborder ce dernier pour l'informer des derniers

47 Fordun p.305

48 BoB Sept. 2011

49 Barrows Robert Bruce, p.23 50 Edward I, p.359

40

évènements était purement conventionnel.5!

Au début des délibérations, Robert Bruce (gp) conteste la légitimité du royaume à toute héritière de sexe féminin et semble revendiquer sa propre légitimité pour prendre la couronne. Jean de Bailleul arrive après un ajournement et revendique également ses droits.®? Bower parle même d’un débat féroce. L'évêque Robert Wishart de Glasgow et les Stewart soutiennent Bruce (gp).

Ce parlement a pour but de prêter serment à la reine Margaret, fille du roi de Norvège, de veiller au bon maintien du royaume, et surtout de préserver la paix, dernier point apparemment lié à la dispute qui a éclaté. 5

La rumeur court toujours que la reine Yolande serait enceinte. Cette possibilité complique la situation car les nobles ne savent s'ils doivent se tourner vers la petite-fille Margaret, actuellement à l'étranger, ou attendre un héritier de la part de la dernière épouse du roi défunt. Sans connaître l'aboutissement de la prétendue grossesse, il est difficile de trancher sur la succession du pouvoir. Aucune décision ne peut être prise. Il est d’ailleurs probable que les nobles écossais ne savaient pas comment réagir.

Devant ces incertitudes, une délégation est envoyée à

51 Under The Hammer, p.10

52 Nicholson, p.28

53 Barrows Robert Bruce, p.22

54 Barrows Robert Bruce, p.20

55 The Kingship of the Scots, p.175; Nicholson, p.28 56 Nicholson, p.28

41

Édouard ler afin de lui demander son bon conseil pour traiter au mieux la situation. Malheureusement, le monarque voisin part pour la France juste avant de pouvoir être consulté. Effectivement, ce dernier quitte l'Angleterre le 13 mai pour aller rendre hommage au nouveau roi de France Philippe le Bel. Philippe III était décédé en 1283.57

Un deuxième comité part le 7 août, ce qui semble indiquer que Yolande était toujours considérée comme possiblement enceinte. William Fraser, évêque de Saint Andrews, William Comyn, évêque de Brechin, et le seigneur Geoffrey de Mowbray, beau-frère de John partent pour les Saintes afin de retrouver le roi d'Angleterre. En plus d’un avis éclairé, ils cherchent une protection pour le royaume. Il semblerait que d’autres émissaires soient partis aborder d’autres personnalités importantes. Édouard ler aurait peut-être demandé à être reconnu comme suzerain de l'Écosse. Amanda Beam (auteur du livre The Balliol Dynasty)